Alice Miller est un auteur à avoir lu dans sa vie, vraiment. Pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à l’enfant. Elle dénonce la maltraitance, mais pas uniquement celle qu’on repère immédiatement (et encore… quand je vois des scènes dans la rue, j’ai des doutes sur le fait que la maltraitance physique sur enfant apparaisse telle qu’elle devrait l’être) : elle développe ses ouvrages sur la maltraitance larvée : l’humiliation, le déni, le refus de l’écoute, le chantage affectif…

Ses livres sont bien écrits, clairs, agréables et faciles à lire. Ils changent réellement notre vision du rapport parent-enfant et parfois..malheureusement… de notre enfance et de notre rapport à nos enfants (que mes parents ne se sentent pas ici concernés… je ne me reconnais point du tout dans les livres d’Alice Miller, grâce à eux !)
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La force (à mon sens) d’Alice Miller est également dans le fait de remettre radicalement en cause le principe (le 4ème Commandement) qui veut que l’on honore nos parents… que jamais nous ne nous donnions le droit, dans notre société toujours marquée par la morale et la religion, de rejeter ces parents qui nous ont fait souffrir, qui nous ont maltraités… La responsabilité des parents ? …. sujet tabou, contre lequel tout travail personnel en profondeur est impossible.
Extraits de son ouvrage « Notre corps ne ment jamais » :

« Nous devons nous séparer des parents intériorisés qui poursuivent en nous leur oeuvre destructrice : c’est le seul moyen de prendre notre vie en mains et d’apprendre à nous respecter. (…) J’ai tenté dans tous mes livres de montrer comment les méfaits de la pédagogie noire, lorsqu’ils ont marqué notre enfance, vont plus tard peser sur notre vie, affaiblir, voire étouffer notre vitalité et la perception de notre identité, de notre vitalité et de nos besoins.
La pédagogie noire, rappelons-le, produit des êtres disciplinés, qui ne peuvent faire confiance qu’à leur masque car ils ont vécu toute leur enfance dans la crainte d’une punition. Ils ont subi un dressage selon le principe : « Je t’élève ainsi pour ton bien, et si je te bats ou te torture par mes paroles, c’est uniquement dans ton intérêt ». (21)
-> Le corps peut alors se rebeller pour rappeler à l’adulte la tragique histoire de son enfance.
« Le corps est le gardien de notre vérité car il porte en lui l’expérience de toute notre vie et veille à nous la rappeler. Il nous oblige, en manifestant divers symptômes, à accéder à cette vérité également sur le plan cognitif, afin que nous puissions communiquer harmonieusement avec l’enfant méprisé et humilié qui vit toujours en nous » (26)
« Je nomme maltraitance la méthode d’ « éducation » qui s’appuie sur la violence. Car non seulement on refuse à l’enfant son droit d’être humain au respect et à la dignité, mais on le fait vivre dans une sorte de régime totalitaire où il lui devient impossible de percevoir les humiliations, l’avilissement et le mépris dont il est victime, sans même parler de s’en défendre. Une fois adulte, il reproduira ce modèle (…) en tout lieu où, placé en position de force, il pourra combattre sa peur d’enfant insécurisé (…)
(d’autres) n’ont pas dirigé leurs sentiments refoulés de rage et de révolte contre les autres, mais les ont retournés contre eux. Ils sont tombés malade, ont souffert de diverses affections (…) »
C’est ce que je vois, systèmatiquement désormais, derrière tous les adultes qui crient, hurlent ou injurient les enfants à leur portée (les leurs, où ceux des autres qui leur sont confiés). Hurler sur un enfant… A quoi ça sert ? D’où ça sort ? C’est vrai que c’est si facile !!
Avez-vous remarqué combien les adultes qui hurlent sur les enfants, déversant leur colère/amertume/énervement sur des êtres qui ne peuvent se défendre, le font de façon totalement arbitraire ? Evidemment…
J’observe en permanence. Dans les collectivités avec enfants, devant l’école, dans les supermarchés… Tous ces adultes qui aboient sur les enfants, et qui aboient très souvent des ordres contradictoires, uniquement selon leur humeur…
Un jour par exemple, devant l’école : « Reste là, je te dis de rester là ! » Attrapant sans ménagement un petit bonhomme de 2 ans par le bras alors qu’il pourrait s’aventurer sans danger à quelques mètres alentour, et le lendemain, ce même parent qui, parce qu’il discute avec un autre adulte, laisse son enfant explorer sans sourciller ?
Et bien ça me choque. De plus en plus. Tous ces adultes qui déversent leur humeur du moment, de façon arbitraire, agressive, sur les mini êtres humains (par la taille, non par l’intégrité) qui les entourent. Le discours « Mate-le maintenant, sinon à l’adolescence tu vas en baver » (déjà entendu, il paraît que je ne « mate » pas assez mes enfants…)
Et je voudrais bien voir, un jour, arriver une espèce de géant méga baraqué, qui viendrait aboyer et attraper par le bras un de ces adultes maltraitant (par le geste, par la parole). Je pense que cet adulte ferait moins le malin…
Alice Miller évoque les dictateurs, Hitler, Staline, Napoléon, Mao et Cie, mais je vois la même rage de pouvoir en puissance dans quantité de parents dits « normaux », ceux du quotidien, de la sortie de l’école, des courses…
« Dès la naissance, puis à travers toute notre éducation, nous donnons mission à nos enfants de nous aimer, nous honorer et nous respecter, d’accompagner des performances pour nous, de satisfaire notre orgueil, bref, de nous apporter tout ce que nos propres parents nous ont refusé. Nous appelons cela bienséance et moralité. L’enfant a rarement le choix. Il va, dans certains cas, s’astreindre sa vie entière à offrir à ses parents quelque chose dont il ne dispose pas et qu’il ne connaît pas, faute de l’avoir reçu : un amour vrai, inconditionnel, et pas seulement de façade. (…) On cultive ainsi la dépendance de l’enfant. (…) » (33)
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Lors d’une conférence de FamilyLab il y a quelques semaines (il faut que j’en fasse le résumé…), il s’est dit que tout ce qu’Alice Miller avait « compris » concernant la violence sur les enfants, depuis 20, 30 ans, se retrouvaient aujourd’hui dans les neurosciences. Comme quoi, elle avait vu juste, depuis tout ce temps…
Le site d’Alice Miller :

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Anecdote très parlante, vécue à la sortie de l’école cette année :
Une grand-mère attend un de ses petits-enfants en primaire, après avoir récupéré le petit frère à la maternelle. Elle lui donne un chewing-gum (bon déjà, moi je donne pas de chewing-gum à un enfant de Petite Section – d’ailleurs chez moi c’est zone anti-chewing-gum-, mais passons…) Le grand-père arrive un moment après. J’avais déjà remarqué à quel point ces grands-parents sont froids et distants avec leurs petits-enfants, qu’ils récupèrent quotidiennement à l’école : leurs paroles sont toujours sèches et dures.
Avec une grosse voix et un ton agressif, dominant le petit de toute sa hauteur, le grand-père demande : « T’as quoi dans la bouche, là ? »
Le petit reste pétrifié… Il finit par murmurer, quand le grand-père insiste : « C’est mamie qui me l’a donné… »
Et le grand-père lui rétorque, avec un ton encore plus agressif, me laissant assez estomaquée :
« T’as dit merci au moins ??? »
Voilà, pour moi, un exemple parfait, et si courant, de maltraitance sur enfant. Tellement courant qu’il en devient anodin. Je me suis demandée qui, à part moi, avait été choquée par cette scène ?
Et vous, ça vous choque ?
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