L’ « errance » des enfants japonais 5 commentaires


Récemment je suis tombée sur cet article et cette vidéo de ce que vivent les enfant japonais, appelée « l’errance ».

Cette vidéo tombait à pic avec un article que j’ai écris récemment pour l’Ecole Dynamique, où je soulevais des questions (parfois difficiles, de celles qu’on n’a pas envie de soulever ;)) sur l’autonomie des « + petits »…

Apparemment « l’errance » serait une pratique culturelle assez ancienne qui pousse les parents japonais à laisser leurs enfants aller seuls à l’école, dès tout petits (à pieds ou via les transports en commun), mais également à les envoyer dès tout TOUT petit, faire des petites courses pour la famille.

Je pense que nous avons beaucoup à apprendre de cette pratique, au lieu de crier au danger et à l’inconscience des parents… (et au lieu aussi de crier au « oui, mais chez nous c’est pas pareil/possible », etc.)

***

Article à retrouver en version originale par ici.

« C’est quelque chose que l’on voit couramment dans les transports en commun japonais : des enfants, seuls ou en petits groupes, recherchant des sièges.

Ils portent des chaussettes jusqu’au genou, des chaussures cirées (…) et des pass de train accrochés à leur sac à dos. Les enfants n’ont que 6 ou 7 ans, sur le chemin de l’école (aller ou retour), et il y a rarement un gardien dans les parages.

tokyo train errand

Les parents au Japon envoient régulièrement leurs enfants dans le « grand monde » à un très jeune âge. Un show télévisé populaire appelé « Hajimete no Otsukai » (ou « Ma première errance ») montre des enfants de 2 ou 3 ans parfois envoyés faire leurs premières courses pour la famille. Alors qu’ils sont en chemin vers la boulangerie ou l’épicerie, leur progression est filmée secrètement par une caméra. Le show télé marche depuis 25 ans.

Kaito, un jeune de 12 ans de Tokyo, prend le train tout seul entre les maisons de ses parents, depuis l’âge de 9 ans. « Au début j’étais un peu inquiet », admet-il, (…) mais seulement un peu ».

Maintenant, dit-il, c’est facile. Ses parents aussi appréhendaient au début, mais ils ont tenu bon car ils savaient qu’il était assez grand, et que nombre d’autres enfants l’avaient fait en toute sécurité avant lui.

« Honnêtement, je me rappelle avoir pensé à cette époque que les trains étaient « sécures », à l’heure et faciles à prendre, et que c’était un enfant intelligent » dit la belle-mère de Kaito.

cute-little-kids

« J’ai pris le train toute seule alors que j’étais plus jeune que lui à Tokyo », continue la belle-mère. « Nous n’avions pas de téléphone portable à l’époque, mais j’ai quand même appris à aller d’un point A à un point B par le train. S’il se perd, il peut nous appeler »

Comment expliquer ce degré inhabituel d’indépendance ?

Pas l’autonomie (« self-sufficiency » en anglais), mais l’importance du groupe, dit Dwayne Dixon, un anthropologiste qui a écrit sa thèse sur la jeunesse japonaise. « Les enfants japonais apprennent très tôt qu’ils peuvent faire appel à n’importe quel membre de la communauté pour les aider ».

Cette hypothèse est renforcée à l’école, où les enfants doivent chacun à leur tour faire le ménage et servir le déjeuner au lieu de compter sur le personnel pour exercer ces fonctions. « Cela permet de distribuer les taches entre tous, tout en enseignant comment nettoyer les toilettes, par exemple », dit Dixon.

Prendre la responsabilité des espaces communs permet aux enfants (…) de comprendre de façon concrète les conséquences de faire un gâchis, car ils devront ensuite nettoyer eux-mêmes. Cette éthique s’étend à l’espace public plus large (une des raisons pour lesquelles les rues japonaises sont généralement très propres). Un enfant dans la rue sait qu’il peut compter sur le groupe pour aider en cas d’urgence.

Le Japon a un taux de criminalité vraiment très bas, ce qui est surement une des clés pour comprendre à quel point les parents sont confiants lorsqu’ils envoient leurs enfants seuls dans les rues. Mais surement que de petits espaces urbains et une culture de la marche favorisent aussi la sécurité et, plus important encore, la perception de la sécurité.

« L’espace public est à une échelle plus humaine, ce qui améliore la vitesse et le flux » note Dixon. Dans les villes japonaises, les gens sont habitués à marcher partout et les transports publics l’emportent sur la culture de la voiture. A Tokyo, la moitié des déplacements se font en train ou bus, et 1/4 à pieds. Les automobilistes ont l’habitude de partager la route, notamment avec les piétons et les cyclistes.

La belle-mère de Kaito dit qu’elle n’aurait jamais laissé un enfant de 9 ans aller seul dans le métro de Londres ou de New-York : juste à Tokyo. Cela ne veut pas dire que le métro de Tokyo est sans risque. Le problème persistent des femmes et filles « embêtées » dans les wagons bondés (« pelotées » ? « women and girls being groped » en anglais), par exemple, a amené la création de wagons réservées aux femmes au début des années 2000. Malgré cela, de nombreux enfants des villes continuent de prendre le train pour aller à l’école et se promènent (« rue errands ») dans le voisinage sans supervision.

En leur donnant cette liberté, les parents placent une confiance significative, non seulement en leurs enfants, mais dans la communauté toute entière. « De nombreux enfants à travers le monde sont autonomes » observe Dixon. « Mais la chose qui intrigue le plus les occidentaux est le sentiment de confiance et de coopération qui se produit, souvent tacite ou non-sollicité »

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Voici la vidéo en question :

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    5 Commentaires sur "L’ « errance » des enfants japonais"

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    Paul
    1 année 5 mois plus tôt

    Il ya une grosse difference entre rendre nos enfants autonomes, les rendre responsables et les envoyer ‘ a 2 ou 3 ans faire des courses’!! D’ou peut etre une des explications du taux tres eleve de suicides dans un pays ou la pression sociale est au summum

    Celine
    1 année 5 mois plus tôt

    Bonjour, merci pour cet article très intéressant. Pour moi, au delà de la question de la sécurité physique, il renvoie à la question de la sécurité affective. Visiblement le plus grand des enfants n’a pas du tout envie d’y aller, sa maman l’y oblige. Un peu plus d’accompagnement vers l’autonomie ne serait peut être pas un luxe. J’ai l’impression qu’elle va vraiment contre les capacités de l’enfant. Chaque chose en son temps peut être ? D’abord lui donner confiance en lui et en l’adulte, puis petit à petit le guider vers le faire seul, moins brutalement…?

    marie
    1 année 5 mois plus tôt
    Merci pour votre blog toujours très intéressant. Encore une fois, je pense qu’une généralité ne vaut pas pour chaque individu. Personnellement, j’ai pu aller faire des courses à partir de 8-9 ans et je me suis rendue à l’école seule en ville en bus ou à pied à partir de 7-8. Ma mère me faisait confiance et quand je sortais jouer dans la rue (!!), je devais être rentrée à 19h. J’étais devant la porte à -1min 😉 Aujourd’hui alors que je vis à la campagne je peine à laisser mon fils de 9 ans aller à l’école à pied… Read more »
    efynuxiz
    1 mois 3 jours plus tôt

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    edityjeg
    1 mois 1 jour plus tôt

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