Voyager en famille 2 commentaires


Dans la suite de nos récits de voyage (tag Voyager), voici un petit livre (tout petit !) pour partager la joie de voyager en famille. Et il s’appelle justement « La joie du voyage en famille ».

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(lien vers page Amazon sur la photo)

Alors je vais annoncer tout de suite une vérité absolue : voyager avec ses enfants ce n’est pas « juste » de la joie. Comme je l’avais écrit dans mon article « Voyager avec ses enfants », si vous avez du boudin à la maison… vous aurez du boudin en voyage !

(vous pouvez aussi explorer la catégorie « Voyager »)

Mais heureusement, par un étrange et sympathique clin d’oeil de la vie, tous les mauvais souvenirs du style boudin-râlage-colère s’oublient avec le temps (ou alors on en finit par en rigoler, si, si…)

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(boudin thaïlandais)

J’ai déjà partagé certaines de mes lectures entrelaçant voyage, nature et famille, et celle ci rentre bien directement dans le coeur du sujet, car pour Bernard Delloye comme pour moi, « voyager avec ses enfants » ce n’est pas réserver son séjour en club-vacances 3 ou 4*, avec piscine et ateliers pour les enfants.

Que je sois claire : libre évidemment à chaque famille de passer les vacances qu’elle souhaite, le + important étant de choisir une façon de voyager qui corresponde à son besoin de confort et ses envies. Personnellement, nous ne partirons jamais en club-vacances-famille, mais nous ne partirons jamais non plus traverser l’Asie en vélo avec nos enfants (enfin, quoique le papa ne serait pas contre :p).

J’ai la même définition du voyage en famille que Bernard Delloye (il parle ici d’un voyage en bateau, mais pour moi c’est vrai au-delà du voyage en bateau) :

« Se perdre, éprouver la peur de l’inconnu permet de resserrer les liens du groupe, fonde une expérience, voire une mythologie commune. Une alchimie transforme une juxtaposition d’individus en un être supérieur (…) Et cet espace étroit sur l’infini qu’est le bateau fait ressortir aux yeux extérieurs le délicat, le fragile privilège d’être en famille. Ensemble, voir le monde, vivre l’aventure me paraissait l’apothéose d’une vie pleine, dense, engagée« 

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Bernard Delloye décrit les premiers pas du voyage, les premiers temps :

« Seul le manque donne une sensation de lourdeur et celle-ci disparaît bien vite avec la fuite de nos habitudes. C’était nos habitudes qui étaient en manque, pas nous. Obligé de regarder l’essentiel de plus haut, le voyageur apprend à se passer du superflu. Il quitte les objets luminescents, les gadgets à écrans plats, les ondes hertziennes, toutes choses non seulement encombrantes au-dehors mais surtout encombrantes en-dedans« 

Alors, à ceux qui se diraient « oui, mais c’est normal de voyager quand on a voyagé étant enfant », « c’est dans le sang », etc…, je réponds comme lui :

« On ne naît pas voyageur, pas plus qu’on ne naît poète ou industriel. Ce sont les rencontres qui nous font, non les chromosomes. Les mains de la vie nous modèlent, nous nous construisons au fur et à mesure de tous les matériaux que le hasard met à notre disposition. (…) L’enfant ne contracte pas nécessairement le goût du voyage parce qu’il a bourlingué dès potron-minet avec ses parents »

J’en ai la preuve : mon cher & tendre et moi n’avons jamais voyagé étant enfants (hormis pour ma part un séjour en Hongrie à l’adolescence, toutes mes vacances se faisaient chez la famille), or, nous sommes tous les 2 portés, depuis notre rencontre, par ce désir de partir, d’explorer, de se perdre.

C’est comme pour l’expatriation : il n’y a pas de règle. J’ai des amis qui ont vécu à l’étranger toute leur enfance et dans la fratrie, chacun l’a vécu différemment. Le plus bel exemple étant ces jumeaux qui, arrivés à l’âge adulte, ont tracé leur voie à l’opposé : l’un incapable de se fixer quelque part (allant jusqu’à travailler sur une plateforme pétrolière) et l’autre désireux uniquement de se fixer en France, avec femme, maison, jardin et chien… On ne peut pas savoir ce que nos enfants vont prendre de ce que nous pensons leur offrir, et pas non plus ce qu’ils vont en faire… (et tant mieux finalement)

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Mais Bernard Delloye nous donne une petite clé que je trouve très précieuse, en parlant d’une petite fille qui a passé ses 4 premières années à voyager sur un bateau avec ses parents, et qui est partie SEULE, faire une croisière en solitaire à 10 ans (oui, oui) : « C’est assez dire qu’un enfant est capable de beaucoup de choses pour peu qu’on l’ait éduqué à l’autonomie et non à la dépendance ».

On pourra parcourir le monde, tant qu’on ne le fait pas dans cet esprit d’ouverture et d’éducation à l’autonomie, à la responsabilisation de l’enfant, cela pourra rester vain…

« La seule possibilité d’offrir à nos enfants une éducation différente, de leur faire connaître d’autres modes d’existence était de partir. Le but, la distance, le climat n’ont aucune importance: ce qui compte, c’est de ne pas revenir au même point mental, de ne pas retrouver ses habitudes. La vie est un voyage qui peut se faire sur place, sans quitter son quartier ou son village, mais à une condition : avoir chaque jour un regard neuf ».

Un autre message fort de ce livre rejoint ce que j’essaie, moi aussi humblement, de partager : que nous vivons dans un système qui créé des mots/concepts parce qu’il créé des besoins et des prisons : comme le concept d' »écologie » ne devrait pas exister, comme « l’éducation bienveillante » ne devrait pas exister, comme le « sport » ne devrait pas exister, comme « les ateliers philo pour enfants » ne devraient pas exister, le voyage ne devrait pas être juste une « parenthèse » après lequel tout repart comme avant, si nous étions capable de créer une société où tout ceci serait intrinsèquement et naturellement là, présent… :

(en parlant de ses enfants) « Les mots « quête », « artificiel », « existentiel », « spirituel » leur sont étrangers, et je n’ai pas cherché durant ces 3 ans à déranger leur quiétude cérébrale ni voulu froisser la belle page blanche de leur imagination. Le sport, ils le pratiquent sans le savoir à travers le mot « transport ». »

***

Sur l’apprentissage :

« Tout ce qu’ils voudront savoir, ils l’apprendront par des histoires. Point n’est besoin de les motiver, le goût d’apprendre est naturel. Tout ce que nous avons à faire, c’est raconter. Voilà l’école : une longue promenade contée »

***

Sur la prise de risque intrinsèque à tout « vrai » voyage, Bernard Delloye consacre plusieurs pages. Il y aura toujours des gens proches (famille, amis…) pour vous rappeler les dangers auquel vous allez consciemment soumettre vos enfants ! Sauf que… sauf que, comme je l’évoque dans La famille buissonnière, la prise de risque est nécessaire, elle est même vitale pour que nos enfants aient la chance de se confronter à la « vraie » vie, et prendre conscience de leurs capacités, de leurs forces, de leurs faiblesses, et qu’ils puissent y remédier.

« s’ils considéraient l’avenir de leurs enfants avec lucidité, les hommes et les femmes de nos pays riches ne ressentiraient pas le besoin d’augmenter leur niveau de vie, mais bien de changer de vie. C’est de projets ambitieux à la hauteur de la situation appréciée in concreto, c’est d’une inversion dont nos enfants ont besoin, pas d’une berceuse. La prudence n’est pas seulement l’évitement du danger. Elle demande aussi du courage et une saine ambition. La conclusion s’impose d’elle-même : ce qui est dangereux, c’est de ne jamais prendre de risques, de vouloir mener une vie sur papier, déconnectée du réel. Protéger idéalement son enfant, c’est l’empêcher de se défendre, c’est le bloquer dans sa vulnérabilité, dans l’attitude victimaire. »

Face à certains détracteurs l’accusant d’avoir pris des risques inconsidérés, Renaud François a écrit dans son livre « Dans les pas du fils », en parlant de la situation de son fils ado avant leur départ (drogue, décrochage scolaire, violence) qu’à ce moment, ça aurait été ne rien faire qui aurait été le + risqué, et Bernard Delloye l’écrit aussi : « C’est ne pas partir qui est dangereux ! »

Bref = protéger réellement son enfant c’est l’exposer au risque et l’accompagner face à ce risque.

un peu à l’image de cette photo 😉

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***

Sur le retour :

On entend bien souvent que « c’est bien beau de partir, mais ça va être tellement dur de se ré-adapter ! », sous-entendu : autant ne pas partir pour ne pas avoir à subir cette douloureuse réadaptation au monde « normal ». Mais… « si le retour à la vie normale est si pénible, cela ne dit-il pas combien notre vie toute entière est pénible ? Un travail n’est pénible que si nous sentons qu’il ne mérite pas toute l’énergie que nous lui consacrons. Au retour, le malaise existentiel réapparait (…). Le stress, cette maladie sociétale auquel le voyage peut servir de remède, nous apprend que nous vivons le passage du temps comme une épreuve. Nous sommes toujours dans le passé ou dans le futur, jamais dans le moment présent. L’instant présent est le moment le plus négligé sur la ligne du temps. »

***

Voyager en famille, c’est reprendre la maîtrise de son destin en reprenant la maîtrise de son temps.

Ma réflexion du moment est que l’Instruction En Famille est comme le voyage. N’est-elle pas d’ailleurs un grand voyage au pays de l’inconnu, de l’imprévu, du dépaysement ? Malgré les difficultés, les paradoxes, les difficultés (mon besoin d’être seule / rien ne se passe comme j’avais tenté de le prévoir, etc), j’ai la sensation de reprendre en main notre temps et notre destin. D’être libre. Autant qu’on peut l’être malgré tout. Non dépendants des temps et plannings fixés et nivelés par d’autres pour nous, pour mes enfants.

« Décider de son temps libre, seul, sans la tyrannie des choix préalablement sélectionnés pour nous, c’est se décider pour soi ».

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    2 Commentaires sur "Voyager en famille"

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    Caroline
    7 mois 5 jours plus tôt

    Merci pour cet article… le voyage me titille puissance ++++ (de même que l’IEF). Pour l’IEF, blocage du papa et pour les voyages, blocage financier mais je mets de côté pour partir dès que possible avec ma jolie poulette alors merci de cette belle piqûre de rappel :)

    Marie Pierrel
    4 mois 12 jours plus tôt

    Et paf! Touchée! Encore une fois… J’ai l’impression de vibrer de l’intérieur tellement cet article raisonne en moi… Merci.
    Et je m’en vais vite commander ce livre… en plus de tous les autres 😉

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