Nos enfants n’auront pas de 2ème enfance 13 commentaires


Après la co-fondation (à 6) de l’Ecole Dynamique en septembre 2015 suivie d’1 année d’Instruction En Famille (IEF), me voilà repartie sur la création d’une nouvelle école.

Nouvelle philosophie, nouvel endroit, et bientôt nouvelle équipe (tout bientôt ? Je l’espère, mais il faut déjà la trouver !!)

L’IEF, c’est un choix par défaut pour nous, et ce n’est pas facile (comme tout choix par défaut, en premier lieu). Remarquez que mes enfants n’ont pas l’air malheureux, hein… mais ce n’est pas ça que je veux pour eux, et surtout, ce n’est pas ça que je veux pour nous. Nous = entité familiale papa-maman-enfants. Tout comme ce n’était pas l’école classique que je voulais pour eux, et pour nous (et que mes enfants ne veulent pas non plus !)

Je viens de terminer la version Bêta de mon projet d’école, que j’ai soumise à 6 personnes pour avoir des retours constructifs et m’aider à avancer. Mais je suis seule. Je me sens vraiment SUPER SEULE dans ce projet pharaonique. Et être seule sur ce genre de projet, c’est la voie royale pour douter jusqu’à tout abandonner.

Pour douter de ses décisions, de ses choix, car la question est de savoir jusqu’où on est prêt à se battre pour imposer ses valeurs.

Sur quoi peut-on renoncer, que peut-on grapiller ?

Le compromis est-il dicté par la peur ? Par la raison ? Sur lequel puis-je rogner pour avancer ?

C’EST QUOI LA BONNE DECISION ??

20170310_154636

(ma mère a volontairement penché l’horizon de cette photo ;p)

***

Créer une école c’est tout sauf simple. Déjà qu’être parent, ce n’est pas simple, alors créer une école ? Ahah !

Régulièrement je suis donc torturée par de monstrueux doutes, qui m’empêchent de m’endormir et me font perdre confiance : « MAIS QU’EST CE QUE TU ES EN TRAIN DE FAIRE ??! » crient hurlent des voix dans ma tête. Et puis parfois il y a aussi des voix autour qui me disent (+ ou – directement) que :

  • mon projet est fou (pas dans le bon sens du terme)
  • que je suis folle (sous-titré « comment peux-tu penser en être capable ? »)
  • et puis, la meilleure : qu’il faut « arrêter de rêver » (sous-titré = « remets tes enfants à l’école et arrête tes petits rêves arc-en-ciel : la vie c’est difficile, arrête de penser que tu es différente, tout le monde fait comme ça et pas autrement » – avec option : je ferais ça parce que je veux échapper aux « contraintes » de la vie (« moi aussi dans mon métier il y a des choses que je n’aime pas faire, mais bon, on ne peut pas y échapper, y’a tjs des contraintes dans la vie »). Hum… argument moisi : moi je dirais au contraire que je rentre en plein dedans, dans les contraintes !!.

Et parfois – c’est le + terrible -, c’est de l’intérieur que viennent ces voix…

Alors parfois souvent, je suis à 2 doigts d’abandonner. Après tout, ce serait + facile : je n’ai qu’à remettre mes enfants à l’école à la rentrée (CM2 / 5ème) et me trouver un job, +/- alimentaire. Et continuer ma passion de l’écriture via mon blog et de nouveaux livres. Au vu du % des droits d’auteur et parce que je paie des impôts sur le peu que je touche, ça ne me permet pas d’en vivre mais au moins « je fais comme tout le monde », je ne dérange pas l’ordre établi : j’ai des enfants -> je les mets à l’école, et j’ai un travail « normal ». Et je supporte sans broncher les crises le matin pour y aller, les ras le bol des évaluations, les disputes autour des devoirs, le temps perdu. Et surtout les valeurs qui divergent tant des miennes.

Point.

MAIS NON. Parce que je n’arrive pas à me résoudre à « abandonner ». Abandonner ce projet, abandonner mon rêve de création d’une école, abandonner CETTE éducation que je veux pour mes enfants. Qui inclut l’école, ce lieu où les enfants passent 8h/jour, 5 jours/semaine, et tant de semaines par an.

***

Parfois, certains me disent « T’es super courageuse de te lancer là-dedans ! ».

Non… je ne suis pas « courageuse ». Pas + que nous avons été « courageux », le papa et moi, quand notre fille est née avec de sérieux soucis de santé, ni quand elle s’est faite opérer à coeur ouvert à 6 mois, et de la main à 14 mois puis 9 ans. Pas + que nous allons être « courageux » quand va arriver la nouvelle opération du coeur dans les mois qui viennent. Nous n’étions pas courageux car nous n’avons juste pas le choix : c’était et c’est notre envie et notre devoir d’être là pour notre fille, de l’accompagner au mieux, de la protéger, de l’aimer coûte que coûte, encore + dans les moments douloureux et difficiles (des bisous au papa en passant, à 2 on est tellement + forts <3)

Accompagner ma fille comme créer une école, ce n’est pas du courage = c’est simplement le refus et l’incapacité de renoncer.

Je n’arrive pas à renoncer. Il me manque un bouton « renoncement = ON/OFF ».

Je n’arrive pas à me résoudre à ne pas me battre pour mes enfants. Lutter pour leur offrir cette éducation que je pense être la « meilleure » (avec mes valeurs, et avec les moyens humains et matériels dont je dispose) et me battre pour leur créer cette école dont je rêve pour eux.

Au + profond du doute et de la peur, il y a toujours cette infime part de moi qui se rebelle et refuse d’abandonner. Même si je voulais vraiment abandonner, j’ai la sensation que je n’y arriverais pas !!

_MG_1778

1ère opération de la main, 14 mois

***

Parfois, je sens dans les discussions, parmi l’incompréhension et le doute des autres, une pointe d’agressivité : je ne fais pas comme tout le monde effectivement, mais pourquoi me retourner cette pointe d’amertume, voire d’agressivité ? Alors je le dis : et non, si j’ai retiré mes enfants de l’école, et si je veux créer une autre école, je ne le fais pas contre vous : je le fais pour nous.  (exactement comme décider de ne pas avoir la télé… Auj c’est devenu bien + courant mais il y a 8 ans, on était vus comme de dangereux terroristes sociaux !)

Dans les critiques des autres, il y a aussi cette accusation de « légèreté » qui se transforme vite en accusation de condescendance = j’ai la chance de vivre dans un pays libre et riche, en paix, d’avoir un toit, de partir en vacances… alors pourquoi est-ce que je râle après l’école, après la société ? Franchement : je devrais regarder ce qui se passe ailleurs dans le monde, et arrêter de me plaindre, et trouver un travail « normal », et mettre mes enfants à l’école comme tout le monde !

Et bien non justement, cet argument je le retourne comme un gant : parce que justement j’ai la chance de vivre dans ces conditions, je refuse de rester passive. Parce que nous vivons dans un pays libre et riche, nous devrions taire nos valeurs divergentes, nous devrions juste profiter ? Juste être des consommateurs silencieux ?

Quand je vois ce qui se passe dans le monde, j’ai au contraire + que jamais envie de me battre pour que mes enfants puissent devenir des adultes épanouis, respectueux, autonomes, responsables et citoyens. Qu’ils apprennent à se connaître pour mieux trouver leur place dans cette société. Qu’ils apprennent à coopérer, à aider l’Autre. Qu’ils aient envie et puissent, à leur tour, améliorer leur société, y participer de façon responsable et éthique, et non de sortir de l’usine-école en bons (sur)consommateurs inconscients, sans savoir qui ils sont ni à quoi ils sont bons. Que, parce qu’ils ont été écoutés, compris, accompagnés à la maison ET à l’école, ils puissent à leur tour être ceux qui écoutent, qui comprennent, qui accompagnent.

Qu’ils puissent avoir un IMPACT sur cette société qui devient folle, qui méprise l’humain & la diversité du vivant.

Mais je ne le veux pas « pour ça » = je le veux avant tout pour mes enfants. Je considère qu’il y a simplement bien + de chances que leur vie ait un impact positif sur la société et la planète s’ils ont pu bénéficier d’une éducation + humaine, + respectueuse, ayant délibérément abandonné cette avidité de compétition, d’évaluations externes, de pression.

Comme je l’écris constamment : c’est en amont qu’on changera les choses en profondeur, pas en continuant, à coup de réformes de l’école, à mettre des pansements sur une jambe de bois…

_MG_4286

toute 1ère rencontre

***

Alors oui, évidemment tous les parents n’ont pas le même combat à mener !

Certains vont se battre pour que leurs enfants puissent vivre sereinement une séparation, un divorce, ou le deuil d’un parent. D’autres parents vont se battre pour que leurs enfants aient un toit et de la nourriture. D’autres encore pour que leurs enfants soient en sécurité. Certains parents vont se battre pour garder eux-mêmes la tête hors de l’eau et offrir un minimum de décence et d’enfance à leurs enfants…

Moi qui ai la chance de vivre dans le confort matériel, dans un environnement sécurisé et agréable, je veux me battre pour que mes enfants puissent aller dans une école qui offre les valeurs que je juge essentielles : liberté, coopération, bienveillance, respect, compassion…

Je ne peux pas me résoudre à rester passive, bercée par de beaux discours de ce qu’est censée être cette école de la République (c’est souvent beau, sur le papier !) et en même temps menacée par les discours culpabilisateurs qui tentent de me faire passer pour (au choix) une douce rêveuse – une maman-poule – une inconsciente qui va foutre en l’air l’avenir de ses enfants – une fouteuse de m… qui devrait revenir dans le droit chemin.

Mais c’est quoi, « le droit chemin » ? Celui de la passivité, même si je juge que ce chemin n’est pas le bon pour nous ?

Doit-on réellement renoncer à nos aspirations pour « laisser le monde tourner » et ne pas faire de vague ? Pour que « les autres » ne se sentent pas menacés par nos manières différentes de faire, de vivre, de rechercher du sens ? Est-ce que je menace réellement l’ordre établi ?

Si c’est CETTE école que je veux pour mes enfants, alors je dois me battre pour ça.

Oui, c’est difficile, c’est complexe, c’est constellé d’obstacles matériels, financiers, humains… mais rien dans la vie n’est simple et linéaire.

Et puis surtout, oui, c’est difficile, mais je juge, en tant que parent, que mes enfants le méritent. Mes enfants méritent que je me batte pour eux, pour les valeurs que je veux leur transmettre, et que je veux que leur école leur transmette. Ils méritent que je donne le meilleur de moi-même. Ils méritent une école qui croit en eux et qui donne le meilleur d’elle-même pour les accompagner. Elle n’existe pas à côté de chez nous ? Alors je dois tenter de la créer !

11

Eliott, un air déjà dubitatif sur ce monde…. on dirait qu’il se dit « dans quoi je viens de mettre les pieds… ?? :D)

*

Nos enfants méritent que nous leur donnions le meilleur de nous-même, là où nous jugeons que c’est nécessaire (heureusement que tous les parents n’ont pas comme but de créer une autre école ! ;)). 

Ils méritent que nous leur donnions notre énergie, notre temps, notre sueur pour ce en quoi on croit. Ils méritent que nous y passions des heures de cogitations, de doutes et d’avancées, pour définir clairement ce que nous souhaitons de mieux pour eux et pour notre entité familiale. Ils méritent que nous soyons actifs.

Etre parent ce n’est pas laisser le temps s’écouler, bercé par le doux ronron de l’air conditionné de nos habitudes ancrées (« l’usine-école c’est comme ça, même si c’est dur, même si c’est parfois insensé, parfois inhumain »), et en se disant que les choses arriveront un jour, qu’on les fera + tard (« on a le temps« , « les enfants sont trop petits »)…

Nous n’aurons pas de « 2nde chance » car nos enfants n’auront pas de 2nde enfance…

C’est cette pensée qui me fait refuser d’abandonner, malgré les voix de l’extérieur et les voix de l’intérieur qui me déstabilisent et cherchent (volontairement ou non) à me remettre dans le « droit chemin »…

_MG_3867

Partagez !

    Related posts:

    Poster un Commentaire

    13 Commentaires sur "Nos enfants n’auront pas de 2ème enfance"

    Notify of

    Sort by:   newest | oldest | most voted
    7 mois 10 jours plus tôt
    Coucou Marie, je reconnais là tellement de choses ! et bien sûr que ca me parle aussi !… Mais je ne sais pas si « se battre pour imposer ses valeurs » soit le combat, peut être qu’il s’agit « juste » de se battre pour être soi ! 😉 et je crois que l’on n’a pas le choix, si on veut rester serein (et pas devenir fou) que de suivre ses petites voix qui refusent de renoncer…pour être soi pleinement. Et je crois que si chacun d’entre nous menait son combat (pour la paix dans un divorce, pour la maladie de son enfant/conjoint,… Read more »
    Grincourt
    7 mois 10 jours plus tôt

    Bravo pour votre engagement!!! Je rêve de rencontrer quelqu’un comme vous près de chez moi! Où montez vous cette école?

    7 mois 10 jours plus tôt

    Salut Marie,
    Je suis heureuse de lire que tu te lances dans la création d’une nouvelle école ! J’ai hâte de savoir ce que tu auras décidé comme design.
    Merci pour ce partage sincères de toutes tes peurs et tes doutes. J’ai une pensée pour Hanaé…
    A bientôt !

    7 mois 10 jours plus tôt
    Bonjour! Merci pour cet article. Depuis que mon fils aîné est né, les questions et les remises en questions ne cessent d’affluer. La dernière (de taille et qui dure!) est sur l’école… Ca doit faire un an et demi maintenant que je fais des allers retours dans ma tête, très semblables à ceux que vous décrivez! Mettre mes enfAnts à l’école? Les instruire à la maison? Mais Ca sous-entendrait de ne pas avoir d’activité professionnelle… Créer une école? (Je suis Professeur des Écoles) Tenter les écoles démocratiques? Et régulièrement, la petite voix intérieure qui me demande pourquoi je refuse si… Read more »
    7 mois 10 jours plus tôt

    Et donc ce nouveau projet c’est quoi et c’est où ? Des fois que d’autres abeilles butinent à proximité. Bon courage !

    Stéphanie Damou-Sabry
    7 mois 10 jours plus tôt

    Salut Marie !
    Contente de voir que tu rempiles ☺ c est rigolo, je parlais de toi aujourd hui, et du projet paris-saclay au staff de l école de la montagnette d Avignon à l école Nicolas Tesla à Lyon où je suis en immersion et voilà ton article ☺ tu cibles toujours Gif ou ailleurs ? A bientôt ! Bises
    Stéphanie

    Coraline Nussbaum
    7 mois 10 jours plus tôt
    Votre article me fait sentir moins seule. Moi aussi j’aimerais créer une école, car je me refuse à mettre ma fille dans le système classique de l’EN, justement parce-que j’ai tant de choses à reprocher à ce système, et que j’en voie et entends tous les jours les limites sur d’autres enfants… Non, ma fille de 3 ans ne va pas à la maternelle, elle va au jardin d’enfant, et non, elle ne connaît pas encore toutes les couleurs, se trompe quand elle compte jusqu’à 10….. et non je ne suis pas une mère irresponsable qui refuse de faire vivre… Read more »
    7 mois 10 jours plus tôt
    J’ai élevé mes enfants toute seule, pas un choix c’est la vie qui a choisi. « On » m’a trouvé extraordinaire, j’ai identifié « on » ce sont ceux qui se projettent mais qui ne comprennent pas que chacun repousse ses limites quand il se met un objectif. Les enfants font ça aussi, parfois ils sont extra-ordinaires dans des situations incroyables. La question de l’école s’est toujours posée dans ma vie.Petite, parce que mon frère n’était pas comme les autres ( autiste léger ? jamais su). Maman, car mes filles étaient très sensibles, (trop, parait il, ben, qu’est ce que j’y peux ? je… Read more »
    catherine
    7 mois 9 jours plus tôt

    Merci pour ce partage. Je ressens souvent la meme chose… et comme toi je suis face à ce constat : on n’a pas d’autre vrai choix que de créer ce qui nous correspond vraiment.
    Chouette que tu repartes dans l’aventure ! Je suis sur que tu seras vite rejoint par de belles personnes !
    A bientôt j’espère !

    Mickaël
    7 mois 9 jours plus tôt

    Article passionnant et émouvant.
    Les doutes sont terribles à vivre, mais je pense nécessaires et constructifs.
    Merci pour cet article Marie. Cela m’aide à relativiser moi aussi sur la création d’une école démocratique, et surtout les hauts et les bas de ce parcours de dingue :)
    Bonne continuation.
    Si tu as besoin d’aide (dans le temps qu’il me reste), même si mon expérience en la matière n’est pas aussi large que la tienne, n’hésite pas 😉

    Marie Pierrel
    6 mois 10 jours plus tôt

    Bonjour!
    Je me retrouve complètement dans ce que tu (je me permets le tutoiement d’emblée… ) dis, c’est dingue et c’est fort…
    Je découvre ton blog à vrai dire, j’avais ta page dans mes favoris depuis plusieurs mois mais je n’avais pas encore pris le temps de parcourir ton blog plus en profondeur… et je pense y rester un moment pour le coup! 😀
    Hâte de lire la suite des aventures… 😉
    Et… ça ne vaut sûrement pas grand chose mais je te soutiens! 😀 C’est toujours ça de pris… 😉
    Une autre Marie

    […] si c’était juste « normal »  (j’en parle dans cet article sur l’impossibilité de « renoncer » et je développe cette critique + […]

    wpDiscuz