Quand l’école devient une jungle bruyante et effrayante 1 commentaire


Rentrons dans le vif du sujet : la rentrée a été douloureuse…

Rentrée au collège pour la 1ère fois pour mes 2 enfants (6è & 4è) en attendant l’ouverture de l’Ecole, que je suis en train de créer avec une équipe d’enseignantes & de beaux soutiens !

Rentrée en 6è pour ma fille après 3 mois de phobie scolaire l’an dernier (des soucis de santé, du harcèlement & un changement d’école en janvier) et rentrée en 4è pour mon fils, pour la 1ère fois au collège, après 2 années d’IEF et une scolarité précédente classique mais « en solitaire » & ennuyeuse.

Et pour les 2, une grande sensibilité et un décalage mettant de nombreux bâtons dans les roues d’une adaptation sereine & d’une « socialisation » « normale ».

(et je précise immédiatement – car la tentation est grande de voir l’Instruction En Famille comme une « grotte » dans lequel mon fils aurait été isolé du monde – qu’il n’a jamais été aussi seul que lorsqu’il était à l’école, depuis la PS et jusqu’au CM2… Vous le visualisez, là, le petit garçon tout seul dans la cour pendant la récré ? Tout seul à la cantine, avec parfois un espace vide autour de lui, comme si c’était contagieux d’être seul ? (j’ai travaillé à la cantine, j’ai vu de mes yeux les enfants laisser cet espace autour de lui) Ce petit garçon c’est peut-être aussi le vôtre… c’était le mien)

Mais finalement, c’est quoi, une socialisation « normale » ?

Tous les enfants/adolescents doivent-ils suivre le même schéma, avoir le même nombre d’amis, faire/aimer les mêmes activités, avoir les mêmes sujets de discussion qu’avec les autres de leur âge ?

Tous les enfants doivent-ils s’adapter de gré ou de force, à ce moule de socialisation commune, quitte à ravaler leurs particularités, leur sensibilité ?

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J’ai beaucoup à dire sur le sujet évidemment… trop en un seul article. Je vais donc me concentrer ici sur le « problème » que peut être une hyper-sensibilité dans notre société et dans son école, et la jungle que peut devenir le collège (ça marche aussi pour l’école maternelle/primaire/lycée….)

Parce que l’âge ne compte pas… !!

Les petits qui pleurent à la rentrée de Maternelle sont 95% du temps vus comme « trop mignons » : « c’est normal à cet âge là, aussi ! ». Avec un petit côté immature (« mais trop mignon ! ») qu’on leur met sur le dos, et puis un petit côté « poule couveuse » chez la maman aussi, mais ça reste toujours « adorable comme tout » !

(Enfin faut pas trop que ça dure, pas plus de 4mns dans la classe après le départ de maman, et pas plus d’1 semaine après la rentrée sinon ça devient « un peu trop » ! Et c’est comme ça qu’on peut cataloguer dès la maternelle un enfant comme « trop sensible »…)

Ma fille, pour sa rentrée en MS (et alors que nous venions de Dubai en école Montessori anglophone où il n’y avait eu aucun pleurs l’année précédente) avait été surnommée « notre petite saule pleureur » par l’ATSEM. Trop mignon, c’est vrai ! Bon, elle n’a pas mangé pendant la 1ère semaine à la cantine parce qu’elle pleurait trop… mais ne vous inquiétez pas m’avait-on dit, elle va s’y faire ! Ok, ok… c’est moi, je dois être trop couvante (et puis c’est vrai qu’elle ne pleurait pas quand c’est le papa qui l’amenait alors ça vient forcément de moi !)

Donc à la maternelle, c’est trop adorable… et « normal ». Au CP passe encore : quel bond aussi ! « C’est la grande école maintenant » ! C’est normal mais on repère un peu + les « plus sensibles ».

Mais en grandissant encore, ça devient de plus en plus stigmatisant.

Certains continuent de pleurer ouvertement, sans peur du regard des autres (et tant mieux pour eux !), mais la plupart apprennent à faire leur rentrée en ravalant leurs larmes devant les autres… Parfois même à ne pas le dire aux parents… maux de ventre, de tête, humeur changeante : des petits signes à qui sait les voir, qui disent souvent cette angoisse de la rentrée.

Mais généralement ça passe au bout de quelques jours… Allez… quelques semaines pour les « vraiment très sensibles »

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Mais angoisse de quoi, d’abord ?

Ca peut être (au choix ou tout en même temps) :

  • de la nouveauté (nouvelle année)
  • de l’inconnu (nouvelles règles, nouvelle classe, nouvelle maîtresse, nouvel établissement, nouveau système – collège, lycée…-, nouveaux élèves, nouveaux profs…)
  • de ne pas TOUT maîtriser parfaitement (des petits détails d’organisation qui échappe au contrôle, et le cerveau part en live)
  • du nombre (trop d’interaction, trop de bruits, trop de mouvements, trop de TOUT !)

*

Alors plus on grandit, plus ça devient difficile d’être sensible à tout cela, face aux autres. Parce qu’on est censés « grandir » ! Ce qui voudrait dire « faire comme les autres », tout ceux qui ne se soucient pas d’être noyés dans la foule, de découvrir de nouvelles règles, de changer de système. Tout ceux pour qui les relations sociales sont une évidence, et dans lesquelles ils sont tellement à l’aise !

Malheureusement ce n’est pas le cas pour tout le monde, et ce n’est PAS TOUJOURS une question d’âge. Pas pour tout le monde.

Les petits sont souvent couverts par leur jeune âge, leur immaturité émotionnelle et bien souvent (aux yeux des autres) par une maman qui a un peu tendance à faire la poule couveuse.

Mais ce que la majeure partie des gens ne savent pas, ne voient pas, et particulièrement ceux qui sont à l’aise dans les relations sociales et dans la nouveauté, c’est qu’on peut être super mature sur certains comportements, super en avance sur certaines connaissances et sujets, mais trébucher, chuter, appréhender ou angoisser sur des choses vues comme mineures, comme évidentes pour les autres ! 

Parce que ce n’est qu’une question de vision : ce qui nous paraît si évident et si simple (dire bonjour à un inconnu, entrer dans un classe pleine d’élèves inconnus, traverser une cour pleine d’enfants, poser une question, prendre un plateau à la cantine, etc) peut ne pas du tout l’être pour d’autres…

Parce que c’est nouveau, parce que c’est inconnu, parce que ce n’est pas encore maîtrisé…

Parce qu’il manque une micro information (« et le plateau après je le mets où ? »), et que cette question va venir prendre toute la place dans le cerveau, tourner en boucle, prendre des proportions monstrueuses, empêcher de s’endormir… Ou que l’idée même d’être entouré de tous ces enfants/ado va générer de l’angoisse, même en plein milieu de la nuit.

Et ce qui est sur, c’est que ce n’est pas en criant, en niant, en ridiculisant et/ou en minimisant que ça va se régler… Au contraire.

Pour calmer cela, il suffirait de PRENDRE LE TEMPS. 

  • Prendre le temps de répondre à toutes les questions – et de laisser la possibilité à l’enfant de poser toutes ses questions, même les + simples (cela a été en partie fait pour mon fils : 1h tête à tête avec un Assistant d’Education le 1er jour) – et oui, je sais bien qu’on ne peut pas faire ça avec TOUS les enfants : mais ça tombe bien, tous n’en ont pas besoin, ils sont quand même encore rares !! Donc si -> ce sont bien des besoins qui peuvent être comblés !
  • Prendre le temps de le laisser prendre ses marques – et cela a été aussi fait pour mon fils : il ne va au collège que les matins, et pas de cantine pour le moment, source de grande angoisse. Parce que NON = ce n’est pas grave de manquer quelques cours ! Ca se rattrape… Le but final est de lui permettre de s’adapter, d’intégrer le collège. Et ce ne se fera pas de force. – et non, je sais bien qu’on ne va pas faire un « programme à la carte » pour tous les élèves : mais ça tombe bien encore une fois, parce qu’ils sont rares à en avoir besoin !

Dans ces cas là, l’incompréhension devient vite jugement. Envers l’enfant qui perd pied face à des choses « pourtant si évidentes ». Et envers le parent qui « protège trop et empêcherait ainsi l’enfant de s’ouvrir au monde ». 

« Enfin bon, tout le monde va au collège, c’est quoi son problème à lui ?? Il n’a qu’à suivre le mouvement et se faire des amis »

Hmmm… oui, c’est sur. Dit comme ça, ça a l’air simple !

Et figurez-vous que « suivre le mouvement » n’est pas non plus simple et évident pour tout le monde !!!

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A l’image de ce chat un peu spécial, la frontière peut-être très mince & flou entre les comportements très introvertis, l’hypersensibilité et certains traits du spectre autistique

*

A ceux qui ne comprennent pas pourquoi c’est si difficile, et qui se demandent si ce n’est pas un peu abusé…  c’est vrai quoi : surement que ce gamin (enfant/ado) voudrait en fait juste rester au chaud chez lui, à jouer aux jeux vidéos, et juste ne pas faire d’effort, mais dans la vie, faut se bouger les fesses un peu, non mais ! « La vie c’est difficile, faut s’endurcir ! »

(et tous les gamins sont des manipulateurs nés, c’est bien connu, non ?)

Ben justement ! Là c’est très difficile pour lui, même si vous trouvez ça ridicule : dites-vous que l’angoisse est réelle, que la lutte est réelle, même si elle vous paraît disproportionnée et/ou mal placée : ce n’est pas à vous de juger de sa pertinence ! 

Et vous ne faites qu’aggraver les choses en stigmatisant, en moquant (même « gentiment »), en culpabilisant.

Là c’est un combat de tous les jours, pour lui.

Là il travaille énormément sur lui, pour faire ce que vous voyez comme des « tout petits pas ». Et c’est d’ailleurs ce que lui a dit la Principale, avec des mots vraiment bienveillants, vraiment constructifs. « Tu as fait le + dur » (venir les matins des 1ers jours), « C’est difficile mais tu seras fier de toi d’avoir accompli ça », etc… (un grand merci à cette Principale & au CPE d’être si accueillants, si compréhensifs, si bienveillants ! <3)

*

Chacun son rythme – pour apprendre & pour se « socialiser » –

Chacun sa sensibilité

Chacun son décalage !

Les enfants et les adolescents sont en construction !

Laissons-leur le temps d’évoluer selon LEUR sensibilité, LEUR histoire. Vous ne savez pas tout d’eux, de leur environnement, de leur passif, de leur contexte familial, de leurs compétences autres, alors ne les condamnez pas pour une sensibilité jugée « trop grande ».

Et dites-vous que ce que vous voyez comme de la faiblesse & de l’immaturité peuvent être, dans d’autres contextes et d’autres moments, des forces !

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Si cela vous questionne et vous semble ridicule, d’angoisser à l’idée d’aller au collège, de passer à la cantine, de se mêler à un groupe d’ado, de parler à un prof ou même à un autre élève…

Tellement difficile que ça a demandé un aménagement de l’Emploi Du Temps à 1/2 temps, pour les matinées, ou bien encore + léger, pour quelques heures pour commencer : dites-vous que pour certains, c’est un VRAI problème.

N’essayez pas d’aller dans leur tête, accueillez-les avec leurs luttes & leurs angoisses, tout simplement. 

Adaptez-vous, ne leur demandez pas de s’adapter là où ils ne sont pas prêts à le faire. Ils le seront d’autant + rapidement si on leur laisse la main sur le temps et les moyens de le faire.

Prenez un temps pour échanger. Pour leur permettre de poser toutes les questions qu’ils ont, sans juger. Pour leur dire tout ce qui vous vient, même si ça vous paraît tellement évident qu’il n’y aurait pas besoin de le dire…

Dites-vous que le but du jeu, c’est qu’ils y arrivent. Que pas à pas, jour après jour, ils dépassent leurs peurs en apprivoisant leur environnement.

Ca ne marchera pas en les y traînant de force : vous ne ferez que leur arracher le bras.

**

Et surtout, prenez un temps pour penser à vous : n’y a-t-il pas quelque chose qui vous angoisse, vous aussi ? Qui vous semble insurmontable, parfois ?

Assurément, nous avons tous quelque chose qui nous fait appréhender, qui est compliqué à gérer pour nous…

Pour moi : c’est une conversation téléphonique par exemple. Ces derniers mois j’ai rencontré et présenté mon projet d’école à des maires, à des grands entrepreneurs, à mon député (très médiatique et plutôt impressionnant côté personnalité), j’ai animé des réunions publiques, j’ai fait mes premières conférences, j’ai discuté avec des journalistes… mais appeler un(e) secrétaire de mairie ou un agent immobilier me donne toujours de l’appréhension ! Je dois tourner autour de mon téléphone plusieurs fois, en répétant des phrases pourtant simples dans ma tête… Je peux me les répéter pendant 1h avant de réussir à m’endormir !

Juste à cause de cette micro boîte avec laquelle tout le monde semble pourtant tellement à l’aise… (d’ailleurs mes amis savent qu’il vaut mieux éviter de m’appeler, je ne réponds quasi jamais !)

Alors maintenant que vous avez votre « faiblesse » en tête, dites-vous que pour un de ces enfants/ados, c’est peut-être quelque chose de très facile !

Se faire faire une prise de sang, grimper à une échelle, faire de l’accrobranche, téléphoner, attraper un insecte…

-> si vous voulez vous désensibiliser à votre peur maladive des insectes & autres petites bêtes, par exemple, mon fils sera un merveilleux professeur, il les adore ! Et surtout, au lieu de se moquer de vous pour cette peur pathologique qui pourrait lui sembler tellement ridicule à lui, il vous aidera avec plaisir & bienveillance à l’apprivoiser… <3

*

Ce qui nous paraît tellement évident ne l’est jamais pour tout le monde.

Il n’y a pas d' »évidence ». Il n’y a pas de vérité absolue sur les choses.

Juste des sensibilités diverses, qui se heurtent parfois à ce que la majorité de la société voit comme « normal ».

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1 Commentaire sur "Quand l’école devient une jungle bruyante et effrayante"

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Carine
7 mois 10 jours plus tôt

Tellement juste! Entièrement d’accord, vraiment ton article e parle :-)!

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