S’informer, réfléchir, apprendre à vivre -> le risque 0 n’existe pas, alors arrêtons de le rechercher à tout prix 1 commentaire


En me levant ce matin, je suis tombée sur le dernier article de Sciences&Avenir alternant sur les dangers du slime à haute dose. Je l’ai partagée sur la page FB d’éducation créative, puisque, même si nous partageons quelques recettes de slime, je précise systématiquement les précautions d’usage : mesure, attention, protection (on se LAVE les mains !!!), information des enfants (on en discute !), et encore MESURE ! Ca doit rester une expérience par ci par là, et une utilisation très ponctuelle.

Extraits de l’article : 
« Utilisés en trop grande quantité et manipulés de façon intense et prolongée en contact direct avec la peau »- « potentiellement toxiques lorsqu’elles sont manipulé à répétition » – « que la manipulation intense et prolongée rend toxique pour leurs jeunes utilisateurs ».

Mais ça m’a surtout fait beaucoup cogiter sur ces dérives que je vois toujours poindre derrière :

1- La dérive de Focus = On lit la moitié des lignes des articles, on part dans l’extrême, et surtout, on oublie l’essentiel : ouvrir les yeux sur toutes ces autres choses qu’on fait avec nos enfants / qu’on autorise à nos enfants, et qui sont tout aussi potentiellement toxiques (voire même carrément + malheureusement…). En se focalisant sur le dernier « danger » à la mode (qui a été avant la dernière activité à la mode sur les réseaux sociaux), on évite de penser à toutes les autres…

2- La dérive du Risque 0 = On oublie une chose essentielle ; dans la vie (et l’éducation) il s’agit très rarement de passer de « tout » à « rien ». Il s’agit surtout de mesure, de réflexion, d’information, de précaution, et – je l’ai dit ? 😉 : de mesure !

La vie est un risque toxique permanent. (je dirais même : la vie est mortelle !)

Et si l’information éclairée est primordiale (connaître les risques, surtout pour les produits transformés qui nous entourent, s’informer sur les dernières découvertes), il ne s’agit aucunement – pour moi en tout cas, libre à chacun de ne pas être d’accord avec moi :) – de se laisser noyer sous le flot continu des messages de danger véhiculés par les médias. Car à écouter les médias, tout est danger – en tout cas…. dans ce qui est à la mode, et dans ce qui est « vendeur ».

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(un danger se cache dans cette photo ;))

Même si je me trouve plutôt épargnée par les messages agressifs, comparé à d’autres blogs sur l’éducation, j’ai déjà été jugée, agressée, insultée parce que je laissais mes enfants jouer dans la gadoue (les cacas de renard !), grimper aux arbres (les chutes mortelles ! j’ai même eu le reproche d' »abîmer les arbres » un jour ?!), regarder un chien mort (psy pendant 30 ans !) et autres choses qui font, pour moi, partie de la vie…

Alors une éducation « créative » c’est quoi ?

– C’est d’abord considérer l’enfant comme une personne à part entière, et comme une personne qui a besoin d’être en contact direct avec la vie. C’est-à-dire avec ses beautés, ses dangers, ses paradoxes. Ce qui implique de faire & de parler avec nos enfants. Et un truc incroyable arrive = les enfants sont capables de comprendre, même les choses qu’on pense trop compliquées pour eux ! Il n’existe pas pour moi de « t’es trop petit pour comprendre » = tout peut être dit aux enfants, avec évidemment une GRILLE de lecture adaptée à leur âge ! Et les enfants sont capables d’apprendre à FAIRE… et à se protéger, si on les laisse faire et qu’on les accompagne en ce sens

– C’est prendre de la distance avec les chemins imposés par les autres, que les autres soient notre famille ou la société, les médias, les « professionnels » et spécialistes. C’est (ré)apprendre à s’écouter, à se questionner, à faire des choix.

– C’est prendre le temps de réfléchir à ce que nous voulons pour nos enfants, pour notre famille. Comme je l’écris dans « La famille buissonnière », s’arrêter un instant, réfléchir à cette éducation que nous avons reçue, et, sans crainte de vexer, décevoir ou chagriner nos parents, décider de ce que nous voulons conserver ou changer. Parce que c’est NOTRE vie, que ce sont NOS enfants, et qu’il n’est pas question de critiquer nos parents (qui ont aussi fait avec ce qu’ils avaient en main, avec leur histoire, avec la société de l’époque, avec leur propre éducation reçue), mais bien de réfléchir pour NOUS.

– C’est tracer sa route au milieu des risques qui nous entourent. Car vous savez quoi ? la vie est risquée.

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(oui, ils auraient pu tomber)

*

Alors oui, revenons sur le petit détail qui a lancé l’écriture de cet article ce matin = la fabrication et l’achat de slime comportent des risques, parce qu’il est composé de produits chimiques potentiellement irritant à hautes doses. HAUTES doses, comme c’est systématiquement précisé dans tous les articles sur le sujet.

La société fonctionne toujours ainsi = on découvre des choses, et par vague d’intérêt grâce aux réseaux sociaux, ça devient une mode déferlant dans nos foyers, et sur nos bambins de + en + connectés. Et comme souvent, on découvre sur le tard (car la déferlante est trop rapide) des articles mettant en garde contre la toxicité potentielle.

Un autre problème associé est cette pente dangereuse sur laquelle nous glissons dangereusement, qui est de lire de – en -, ou en tout cas de lire en diagonale, et des résumés de + en + courts. Il n’y a qu’à voir la déferlante des vidéos « 2mns », « 5mns » présentant les sujets de société sur FB. Comment comprendre la complexité des choses quand on ne fait que survoler les sujets ??!

Mais une question me vient à chaque fois : comment en arrivons-nous à zapper la phase « précaution » ? Comment en arrivons-nous à tomber aussi facilement dans l’excès ? Et surtout, comment en arrivons-nous à nous focaliser sur le dernier danger « à la mode » en continuant volontairement ou non de refuser de réfléchir de façon mesurée et d’analyser tout le champ restant de nos activités ?

Le cas du slime en est un exemple frappant : les articles mettant en avant la toxicité en cas de manipulation à haute dose se sont multipliés, et tant mieux ! Car ils nous permettent de nous rappeler que oui, il faut faire attention, que oui, il faut fortement limiter la manipulation avec les petits (et l’interdire aux tout petits), et que oui, il ne s’agit aucunement de se transformer en savants fous brassant des litres de slime dans une caisse ou une baignoire (comme on peut le voir avec des enfants & des adultes youtubeurs sur les réseaux sociaux)… !

Donc les articles sortent, la population est alertée (et encore une fois, tant mieux), adaptons nos pratiques, mais arrêtons de passer à l’extrême opposée et décidons surtout  d’opter pour un scan éclairé de nos autres pratiques : ouvrons nos yeux de parents !

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Cette création de ma fille illustre bien ce que nous faisons parfois à nos enfants dans cette société… (je vous laisse interpréter)

Un exemple : à chaque atelier scientifique que je fais utilisant des colorants alimentaires, je raconte la même histoire : après un anniversaire (même pas chez nous en +…) à la thématique Schtroumpf, et au gâteau donc bleu, ma fille a fait… du caca bleu. D’un bleu tellement étonnant que j’ai cru qu’elle me faisait une blague avec de la pâte à modeler dans les toilettes. J’en parle donc depuis aux parents ET aux enfants que je rencontre lors de mes ateliers, parce qu’il est là un autre sujet super important et qui est tellement, tellement + répandu que la fabrication de slime = l’utilisation des colorants alimentaires dans l’alimentation, qu’ils soient déjà présents dans les produits ou utilisés en pâtisserie (et ça dépasse le truc bizarre mais drôle du caca bleu)

Les colorants dans la pâtisserie c’est ultra à la mode sur les réseaux sociaux, et l’édition s’est emparé de la mode en sortant quantité de livres sur les gâteaux multicolores, arc-en-ciel, aux bonbons colorés et acidulés, etc… C’est chouette, c’est joli et si ça permet à nos bambins d’apprendre à cuisiner, c’est génial !

Mais où lit-on des articles sur la toxicité à haute dose des colorants alimentaires, dont certains sont interdits en Europe mais pas chez nous ? Où lit-on que cette pratique ultra à la mode comporte, à haute dose, des risques pour la santé de nos petites têtes ? A part sur des médias bio & spécialisés dans la consommation responsable, nulle part. Les grands médias n’en parlent pas.

Ca arrivera peut-être à la mode, quand le slime sera passé de mode ?

D’autres exemples potentiellement dangereux et surtout sujets à forte polémique ?

  • L’utilisation des smartphone par les tout-petits (vraiment tout tout petits…)
  • Les smartphones constamment dans la poche et branchés/posés près du lit des ados pendant la nuit…
  • Les bonbons acidulés type Tête brûlée, Schtroumpf… que nos enfants peuvent pourtant consommer en quantité quasi industrielle…
  • La mal-bouffe, les plats industriels, les sodas – consommés en quantité industrielle par certains, là aussi ?

A quoi rime de fustiger le slime et ceux qui proposent d’en faire, en continuant tout de suite après d’acheter des bonbons hyper agressifs à nos enfants & de les coller sur nos smartphones ?

 

La semaine dernière je suis allée chez McDo avec mon fils (oui, comme pour le slime = on consommons/utilisons, de façon ponctuelle, informée et toute conscience donc) un midi. Sur les tables autour de nous, quasi exclusivement des lycéens, puisque le lycée se trouve juste à côté. Des lycéens mangeant McDo très très très régulièrement à leur pause du midi, et branchés en parallèle sur les smartphones (même quand ils sont en groupe). Et c’est mon fils (13 ans) qui me le demande : « Mais maman, t’imagines ce que ça donne en grandissant, de manger aussi souvent McDo et d’être constamment sur son téléphone & les réseaux sociaux ? »

Ben non justement je n’imagine pas… parce que je ne sais pas, parce que personne ne peut le savoir encore… ça va forcément donner quelque chose de totalement différent, en terme de développement cognitif, social, et de santé…

Je ne dis pas que ça va être dramatique – en tout cas j’espère que non – mais ce qui est sur, c’est que c’est l’inconnu total pour le futur de l’humanité !

Alors parlons, parlons à nos enfants, à nos ados, informons-les comme nous nous informons…

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L’éducation de nos enfants devrait être une répétition constante de ce passage si délicat où ils apprennent le vélo : secondés… mais exposés aux chutes, car c’est ainsi qu’ils vont apprendre !

*

Alors que faire, quand on est parent ? Ma recette à moi c’est simplement de :

Lire, m’informer toujours un peu +

– Ne pas attendre de LIRE un article sur le sujet pour faire attention & appliquer des règles de bon sens = la MESURE

En discuter avec mes enfants, toujours. Comment sont fabriquées les choses (jouets, plastique, aliments, colorants, vêtements, produits de ménage… et surtout ce qui est peu cher) et comment marche la société (réseaux sociaux, modes, désinformation, marketing…) -> pour qu’ils ne soient pas dupes de ce qu’on leur dit, de ce qu’on leur vend, ce qu’on leur montre, des faux discours et des vrais discours tellement difficiles à départager parfois. Et que parfois, la vérité est au centre, ni vraie ni fausse, juste dans l’entre-deux

Faire, expérimenter, observer, parce que la vie est faite ainsi = on avance par à-coups, on se trompe, on va trop vite, on fait un pas en arrière, on recommence, on ajuste, on juge trop vite, on s’excuse, on tombe, on se fait mal, on apprend de ses erreurs.

Mais qu’il n’y a rien de pire que de ne pas faire, par peur de faire.

Qu’il n’y a rien de pire que de ne pas faire, par peur de tomber, d’être jugé, d’échouer.

On m’a appris à ne pas dire « il faut », mais d’utiliser des « et si » :)

Et si on continuait de grimper aux arbres, de sauter dans les flaques, de courir dans la gadoue ?

Et si on continuait d’expérimenter, de fabriquer, d’être créatifs ?

Et si on arrêtait d’interdire, par peur de tout ?

Et si on arrêtait de vouloir tout contrôler, dans la recherche vaine du risque 0, qui provoque paradoxalement encore + de risque ?

Et si on acceptait de réfléchir par nous-même, au lieu de nous laisser noyer par les modes & la pression des réseaux sociaux ?

Et si on arrêtait d’avoir peur de faire, par peur de l’inconnu ? 

Et si on arrêtait d’avoir peur de vivre, par peur de mourir ?

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1 Commentaire sur "S’informer, réfléchir, apprendre à vivre -> le risque 0 n’existe pas, alors arrêtons de le rechercher à tout prix"

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oops
4 mois 5 jours plus tôt
MERCI !!! Je peux faire suivre à la directrice de l’école de mes filles ?!! Nous venons de déménager, je suis sidérée : il n’y a RIEN dans la cours de l’élémentaire, un tout petit bidule avec un toboggan dans celui de la maternelle. Et plein de matos, des petits vélos, stockés dans le préau : « trop dangereux » ! Préau inutilisé de toute façon : en cas de mauvais temps, les grands restent dans leur classe, les petits sont entassés dans la salle de motricité devant la TV !!! oO Non mais bientôt, c’est marcher qui va être trop dangereux,… Read more »
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