Playful parenting #3 : the love gun 10 commentaires


Encore une idée géniale tirée du livre de Lawrence Cohen.

Je me suis déjà posée des questions sur « est-ce que je laisse Eliott jouer à la guerre? ». Evidemment, jamais je ne lui achèterai de pistolet en plastique. Un jour, alors qu’il venait vers moi en faisant « pan pan je te tue » avec un pistolet fabriqué avec 3 Légo, je lui ai fais un discours sur les armes, en lui disant que je préférerais un épée, un tomawahk… je me suis sentie bien bête après : quelle différence pour un enfant ? Et surtout, quel est l »intérêt de ma « leçon » alors qu’il s’amusait ?

J’avais lu dans le livre de Bettelheim « Etre des parents acceptables. Psychanalyse du jeu », que les parents qui empêchent leurs enfants de jouer à la guerre le font pour de mauvaises raisons (imposer son idée d’adulte de « pacifisme » par exemple) et surtout, que cette interdiction risque de vraiment perturber l’enfant : cette pulsion, incontournable chez les enfants, risque alors d’être enterrée, détournée, et se retourner vers quelque chose de bien plus agressif qu’un simple jeu de gendarme et de voleur ou d’indien et de cow boy…

Par contre, il insistait sur l’importance de laisser place à l’imaginaire, à la créativité : un pistolet, ça DOIT être pour un enfant un bout de carton, 3 Lego assemblés, une baguette en bois ! Un vrai pistolet en plastique est un jouet trop fini pour être détournable, et trop agressif ; quand l’enfant ne veut plus jouer avec, comment peut-il s’en servir autrement que pour cet usage unique ? De plus, il risque de reproduire telle quelle la violence qu’il voit à la télévision.

On passe alors d’un jeu constructif, imaginatif, à un jeu au scénario figé et prémâché par la télévision et les médias.

L’autre question que se pose tous les parents : « Est-ce que je dois rentrer dans son jeu ? S’il me tire dessus, dois-je m’offusquer et dénoncer les armes ? Dois-je faire semblant de tomber à terre et mourir ? »

***

Lawrence Cohen, lui, propose une alternative amusante et très « connectante » entre le parent et l’enfant : le « love gun » :

Il revient sur l’importance de « connecter » avec les garçons qui ne veulent jouer qu’à ce genre de jeux (garçons qui vont être de façon inconsciente moins poussés à communiquer, à montrer de l’affection). Et plus le jeu va être solitaire et agressif, moins on aura tendance à « aller vers eux », ce qui les isole encore plus. Le serpent qui se mord la queue.

Alors son idée, c’est, lorsque l’enfant nous vise, de lui dire « Oh, c’est un pistolet à bisous ! » (c’est ma traduction). Si l’enfant nie et reprend que non, c’est un pistolet qui tue, lui répondre « Oh, il doit être cassé parce qu’il me fait t’aimer ! »

Et on se jette gentiment sur lui en essayant de lui faire un câlin ou de le couvrir de bisous.

« Evidemment, cette approche est exclusivement pour les jeux agressifs, pas pour les situations où les enfants vont directement exprimer leurs sentiments de colère et de frustration. Dans ce cas, il est extrêmement important de les écouter, de les entendre, d’autoriser les sentiments négatifs à sortir, au lieu d’essayer de les cajoler de force pour qu’ils « aillent mieux ». « 

Lawrence Cohen décrit ensuite plusieurs versions du jeu :

* Si l’enfant s’enferme dans sa chambre, il glisse des petits messages (dessins ou phrases selon l’âge) d’amour, et supplie l’enfant de le laisser entrer (comme d’habitude, toujours en « faire trop », prendre une voix ridicule…). Le but est tjs de faire rire l’enfant, qu’il entre dans le jeu (renvoyer les messages par ex).

* Si l’enfant arrive en battant des bras de façon agressive, il dit « Oh, tu veux danser, j’adore danser ! », et commence à danser et chanter en attrapant doucement les bras de l’enfant.

* Le jeu du « tu n’arriveras pas à partir  » : Il dit à l’enfant « Tu ne seras jamais capable de t’éloigner de moi, jamais en 1 million d’année ! ». Il attrape doucement l’enfant (qui est venu pour le défi, même en colère), qui se débat, et après un petit combat, il le laisse s’échapper, en faisant semblant de ne pas s’en apercevoir, ou en faisant l’idiot.

Un autre truc qu’il donne dans son livre : toujours, en cas de « T’es mort, je t’ai tué », se laisser tomber – doucement !- SUR l’enfant : pour toujours, amener une CONNECTION, qui commence souvent par un simple contact physique…

***

Il parle aussi des séances de bagarre, particulièrement constructives pour les enfants (la bagarre devrait être obligatoire dans les familles !), en imposant, évidemment, des règles !! Pas de coups de pieds, morsure, coups de tête…Le but est de permettre à l’enfant de sortir ses émotions négatives, il faut donc ne pas l’écraser et montrer qu’on est les + forts !! Mais offrir une résistance adaptée à l’enfant. Quand l’enfant devient trop agressif, quand on sent que la bagarre dérape, on augmente la résistance… Et on arrête, de façon amusante, en exagérant une blessure, une fatigue… Mon cher et tendre a trouvé une fin « calmante » : le salut du samouraï. Et parfois aussi, le câlin du samouraï. Si, si… vous ne saviez pas que les samouraï se faisaient des câlins après les combats ???

***

-> TOUJOURS faire l’idiot, le maladroit = l’intérêt est de faire rire les enfants, pour les faire sortir de leur tour d’isolement, dans lesquelles ils se sont enfermés, et n’ont pas la clé. Ils ont BESOIN DE NOUS, pour se connecter. A nous de savoir mettre notre colère, notre susceptibilité de côté pour notre enfant ! Ce sont nous, les adultes !

-> NE JAMAIS se moquer de l’enfant, même gentiment. Ne jamais l’humilier. Toujours observer les réactions pour savoir quand et comment l’enfant peut se sentir humilié par une phrase, un geste. Chaque enfant a sa propre « susceptibilité ».

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    10 Commentaires sur "Playful parenting #3 : the love gun"

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    6 années 11 mois plus tôt

    Le « love gun », traduit chez nous par pistolet d’amour, fonctionne très bien ! Alex n’est pas très attiré par les armes, de toute façon, mais c’est arrivé quand même. Le pistolet d’amour a bien détourné la situation, dans l’humour. J’ai aussi testé de m’écrouler sur lui, ce qui l’a beaucoup fait rire. Du coup, j’ai aussi essayé de faire semblant de ne pas bien comprendre quand il me dit un truc pas terrible et de « croire » qu’il m’a fait une déclaration d’amour et d’y répondre… héhéhé !

    6 années 11 mois plus tôt

    Merci! Bonne idée! Mon fils court dans tout l’appartement en criant « tue, tue, tue » avec un bâton ou un Légo à la main. Ton article tombait à pic. Bonne année 2011!

    6 années 11 mois plus tôt
    Ces conseils avisés me paraissent durs à mettre en pratique… Je ne sais pas comment j’ai réussi à ne jamais acheter d’armes à mon fils, je crois qu’il n’en a pas réclamé. De toutes façons, quand il jouait avec les épées de son cousin, ça finissait toujours de la même façon : je confisquais les armes et les mettais au-dessus des éléments de cuisine. Après quoi les garçons arrivaient à se calmer et à jouer à des jeux plus calmes. Quand mon fils était en première année de maternelle, je me rappelle l’air désespéré de l’institutrice après le passage du… Read more »
    6 années 11 mois plus tôt
    Je vis dans un contexte ou les armes sont présentes et visibles dans notre quotidien donc ma vision des choses sera sans doute différente de toi. Je suis plutot d’accord avec les mots de Bettelheim. Je prends l’exemple de mon mari (enfant de la guerre civile libanaise) qui a grandi au milieu des armes malgré lui et qui pourtant n’a jamais pris les armes. Il adorait jouer avec les cartouches vides que laissaient les miliciens en haut de leur immeuble au grand dam de sa mère ! Et cependant il n’est jamais devenu milicien, au contraire il s’est engagé dès… Read more »
    6 années 11 mois plus tôt
    Zélie, ce que tu dis n’est pas si éloigné de ce que je dis… Comme toi, je pense que c’est le rôle des parents qui est essentiel dans l’approche des armes… Même si je ne vais acheter d’armes en plastique, je pense que les parents peuvent le faire en expliquant clairement que les armes, on en vend aux petits garçons pour jouer, mais qu’elle tuent POUR DE VRAI, dans la réalité Le problème, c’est bien aujourd’hui les médias et toute cette violence scénarisée dans les dessins animés, les films, les séries pour enfants… Les enfants d’aujourd’hui, dans nos sociétés pacifistes… Read more »
    6 années 11 mois plus tôt

    Marie, je suis parfaitement d’accord avec toi sur le role néfaste des médias et de la télévision. Les parents devraient beaucoup plus s’interroger sur l’influence de la TV sur leurs enfants. Chaque jour j’en fais l’expérience avec mes élèves. Je crois que les médias et la TV nécessitent un vrai apprentissage comme tout autre chose.

    sandra
    6 années 11 mois plus tôt

    merci de continuer à traduire « le coup de coeur de l’année « ,c’est une fois de plus bien interessant .
    mes enfants avaient réussi à se faire offrir (pas par nous les parents on était contre)un pistolet en plastoc , ils y ont joué qq semaines depuis plus rien .c’est tant mieux .
    pour nous les batailles c’est le papa qui se transforme en BOUFFTOUT , il prend une voix d’ogre et ça commence à crier de partout , j’adore !
    j’attends la suite de la traduction , euh il y aurait aussi des idées de jeux pour les 7-8 ans ??

    […] Un autre exemple ? J’en parle dans mon livre “Libérons la créativité de nos enfants” : le love gun […]

    […] J’en avais fait une critique en 3 parties sur mon blog en 2010 : partie 1, partie 2 & partie 3 […]

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